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Découvrez la vraie Rome, loin des touristes

09/02/2026

Explorez une Rome que les selfies ignorent, où l’on vit encore au rythme du quotidien.

C’est une autre Rome qui se donne à voir, loin de celle qui sature les écrans et les itinéraires standardisés. Une ville non pas secrète mais simplement vivante, ignorée des circuits pressés. Elle n’est ni sur les selfies du Colisée, ni au sommet de la place d’Espagne. Elle est ailleurs, dans des quartiers que les guides effleurent à peine, dans des marchés où l’on se parle en romanesco, dans ces lieux où l’on vit encore, malgré tout.

À Rome, le tourisme n’est plus seulement une manne : c’est un choc. En 2025, l’Italie attend un pic inédit de fréquentation, dopé par l’Année jubilaire. La capitale en concentre l’essentiel. Une taxe touristique jusqu’à 25 euros par nuit sur les hôtels haut de gamme est sur la table. L’idée : compenser les effets d’un tourisme qui fatigue les rues, les services publics, et surtout les habitants.
Car l’autre effet, plus brutal, est là : les loyers explosent. En un an, +33 %. Les appartements familiaux sont convertis en locations de courte durée. Les résidents, eux, sont poussés vers la périphérie. Le centre devient actif financier. Le maire Gualtieri réclame, avec d’autres, des mesures contre la spéculation. À Rome, on interdit désormais les self check-in touristiques ; on discute fiscalité. Mais le glissement est engagé. Chercheurs et associations le disent sans détour : la ville se transforme en décor.

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À Testaccio, la vie locale n’est pas une reconstitution

Pourtant, elle résiste. À Testaccio, ancien quartier d’abattoirs au sud du centre, la vie de quartier n’est pas un souvenir. Le marché couvert aligne ses étals sous une halle vitrée : tripes, légumes, panini de cinquième quartier. Des familles, des employés, pas de groupes guidés. Le romanesco y est plus fréquent que l’anglais. Les bars de rue ouvrent tôt. Les trattorie restent familiales, les prix, tenus. Des immeubles neufs apparaissent, mais les locations touristiques n’ont pas encore tout grignoté. Ce qui fait de Testaccio un quartier test : peut-on habiter encore Rome sans la vendre ?
Plus au sud, Garbatella rappelle qu’un quartier peut garder une âme sans se figer. Conçu dans les années 1920, ses maisons basses, ses cours, ses escaliers, ressemblent à un décor. Sauf que les habitants y vivent. Bars sans carte traduite, trattorie sans rabatteurs. On y fête les rues, on jardine en commun. Les touristes arrivent, mais en minorité. On les reconnaît à leur hésitation plus qu’à leur nombre.
À Ostiense, autre registre. Friches, street-art, hangars transformés. Rome post-industrielle, Rome réinventée. On y croise des chefs, des graffeurs, des anciens ouvriers. Pas de nostalgie, mais une mémoire qui se transforme. Une ville qui ne se vend pas à la découpe mais cherche sa nouvelle grammaire.

Monteverde Vecchio, à l’ouest, raconte encore une autre histoire. Celle d’un quartier résidentiel que les familles n’ont pas quitté. Parcs, marchés, cafés. Les locations touristiques y existent, mais sans raz-de-marée. Le matin, on s’y retrouve autour de la mozzarella, on promène le chien, on se parle. Même logique à Prati, bourgeoise, proche du Vatican, mais encore habitée. Pas de menus plastifiés, pas de rabatteurs. Les Romains y font leurs courses, leur shopping. Ils y vivent.

Un marché paysan pour comprendre l’ancrage local

Rome, c’est aussi une géographie alimentaire. Le marché Campagna Amica, entre Forum et Cirque Maxime, condense cet attachement à l’arrière-pays. Produits du Latium, “kilomètre zéro”, producteurs au comptoir. Une autre Rome s’y raconte : agricole, locale, ancrée. On y croise des familles, des jeunes, quelques étrangers. L’ambiance tranche avec celle, standardisée, des rues voisines.
Rien de spectaculaire, rien d’instagrammable. Mais des gestes simples qui changent le rapport à la ville. Voyager avec, pas contre. Choisir des hébergements déclarés, éviter les saisons hautes, respecter les horaires locaux. Préférer le marché à la supérette, l’artisan au souvenir, la trattoria courte à la carte “touristique”. C’est plus qu’un choix de consommation. C’est un positionnement. Une manière d’être invité, pas intrus.
Et derrière ce quotidien discret, une tension persiste. Celle du droit à la ville. Jusqu’où Rome restera-t-elle vivable pour ses habitants ? Le boom espéré des locations de 2025 n’a pas eu lieu. Certains propriétaires baissent leurs prix. Des appartements reviennent sur le marché classique. Peut-être un sursis. Peut-être une brèche.
Car Rome n’est pas une expérience. C’est une ville. Une ville habitée. Elle ne se résume pas à ses monuments. Elle respire ailleurs, dans ses marchés, ses rues, ses cafés, ses silences. À qui sait ralentir, elle offre plus qu’un souvenir : une rencontre.

A propos de l'auteur
Florence Thomas

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