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Villard-de-Lans, l’Office de tourisme au pied du mur

14/01/2026

Station emblématique du Vercors, Villard-de-Lans cherche un nouveau souffle touristique, plus durable et localisé.

Villard-de-Lans commence 2026 en terrain instable. Station phare du Vercors, la commune doit composer avec les limites d’un modèle hivernal à bout de souffle, une pression croissante sur les ressources naturelles, et l’échec d’un projet d’envergure censé relancer l’attractivité. Au centre du dispositif, l’Office municipal de tourisme (OMT) change de registre : de guichet d’accueil, il devient un acteur stratégique du territoire, avec en ligne de mire un basculement vers un tourisme étalé, plus sobre, plus localisé.

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Capitale touristique du Vercors, mais fragile socle résidentiel

Avec 125 km de pistes et un domaine skiable allant de 1 140 à 2 000 m d’altitude, Villard-de-Lans domine le massif du Vercors. La commune porte à elle seule la plus grande capacité d’accueil hôtelier du parc naturel régional. En 2022, près des deux tiers des logements (64,4 %) étaient des résidences secondaires ou logements occasionnels. Cette configuration alimente l’économie touristique, mais rend le tissu résidentiel permanent plus ténu. L’Insee confirme cette surreprésentation des lits touristiques, dans un territoire où l’activité représente près de 14 000 emplois, souvent non salariés. Une dépendance structurelle à la saisonnalité et aux arbitrages publics, fiscaux et sociaux.

Un EPIC entre vitrine locale et outil politique

L’Office de tourisme est structuré en établissement public industriel et commercial (EPIC), avec autonomie financière et personnalité morale. Double casquette : service public (information, promotion, accueil), opérateur économique (commercialisation, billetterie, gestion d’équipements). Gouvernance assurée par un comité directeur majoritairement communal, exécutée par un directeur recruté en 2024, dans un contexte de repositionnement stratégique. En 2023, la commune a versé une subvention de 2,216 millions d’euros, validée en conseil municipal. Un budget comparable aux lignes bois ou chaufferie de la commune, et signe que l’Office est désormais un outil structurant des politiques locales. Le triangle institutionnel est clair : commune, intercommunalité, Parc naturel régional.

Un Office pour deux villages, une destination

L’OMT couvre désormais l’ensemble Villard-de-Lans / Corrençon-en-Vercors, avec deux bureaux opérationnels. Villard joue la carte infrastructures (patinoire, centre aquatique, équipements de nature), Corrençon celle de la porte d’entrée du plus grand espace naturel protégé de France. Depuis 2006, la destination est labellisée Famille Plus Montagne. Le positionnement enfants et familles irrigue l’ensemble de l’offre, avec l’Office en chef d’orchestre.

Tourisme « quatre saisons » : rupture imposée

Le recul de l’enneigement dans le Vercors n’est plus un débat. C’est un fait. Les études d’adaptation convergent : le modèle tout-ski est en fin de cycle. Le département pousse une logique quatre saisons, la mise en valeur du patrimoine et des expériences de nature. Le Parc naturel régional appuie les projets de transition, y compris via les offices. L’OMT s’aligne : valorisation des mobilités douces, contenus centrés sur la découverte lente, offres packagées autour de séjours courts et sans voiture.

ViaVercors : vitrine douce, levier fort

Sur 55 km, la ViaVercors relie les villages du nord du massif. Vélo, poussette, fauteuil, cheval : la voie douce se pose comme signature du territoire. L’OMT en fait une colonne vertébrale : bus depuis Grenoble, continuité douce jusqu’aux hébergements, micro-aventures nature sans voiture. L’infrastructure se double d’un discours : sobriété, accessibilité, ancrage local.

L’après-ski en croissance rapide

L’Office pousse les activités hors neige. Centre aquatique et patinoire dépassent les 80 000 visiteurs annuels, avec des hausses de fréquentation notables (+1 % en 2023 par rapport à 2022, +9 % sur la moyenne quinquennale). Randonnées, sports de nature, événements culturels et jeune public : la diversification suit la courbe de la demande. L’Isère compte plus de 23 millions de nuitées par an, dont 57 % en montagne. Séjours courts, recherche de calme, déconnexion : Villard tente de se positionner.

Projet Parker : échec d’un virage par le haut

Depuis 2019, l’avenir de la station se jouait en partie à Côte 2000. Le projet Ananda Resort, porté par Tony Parker via Infinity Nine Mountain, visait 700 lits et 17 600 m² de plancher, dans le cadre d’une UTNS (Unité Touristique Nouvelle Structurante). En octobre 2024, un dossier révisé est déposé. La Mission régionale d’autorité environnementale (MRAe) dénonce les impacts sur l’eau, l’environnement, le CO₂. Plus de 3 600 contributions en PPVE. Le collectif Vercors Citoyens monte au front. En septembre 2025, le préfet de région refuse l’autorisation. Motifs : dimensionnement excessif, incertitudes sur l’eau, sous-estimation des impacts. Un séisme local. Associations : victoire. Élus : coup de tonnerre. Le modèle d’investissement privé à forte emprise foncière est stoppé. Une DSP skiable reste à redéfinir. Un concurrent local est déjà sur les rangs côté Villard.

Office de tourisme : récit à revoir

L’OMT n’était pas maître d’ouvrage, mais sa stratégie en dépendait. L’après-Parker impose un changement de registre : exit le haut de gamme XXL, retour aux fondamentaux locaux. Atouts patrimoniaux, mobilités douces, familles, saisonnalité élargie : l’Office doit réajuster sa promesse. Et gérer les lignes de fracture entre population mobilisée et attentes économiques. La PPVE a marqué un tournant. Le consentement social devient un actif à gérer.

Numérique : outil de pilotage plus que de vitrine

L’Office a investi la place de marché : hébergements, activités, pass vendus en ligne. Le Pass Villard centralise les ventes d’activités. Le tout devient une base de données stratégique. Réservations, profils, fréquentations : des outils d’analyse qui conditionnent la capacité à segmenter l’offre, cibler les campagnes, rythmer le calendrier.

Récits de territoire : des visages pour une destination

Finis les slogans impersonnels. Sur Instagram, l’OMT met en avant les habitants : moniteurs, agriculteurs, pisteurs. L’événementiel suit : « Premier Schuss », « Vercors en Lumières », formats hybrides mêlant glisse, culture, gastronomie. La communauté de communes complète avec Vercors Inside, magazine bilingue lancé en 2020, axé portraits et savoir-faire. Objectif : créer une identité à l’échelle intercommunale.

Des chiffres à suivre, mais des tensions persistantes

L’Isère affiche entre 23 et 23,4 millions de nuitées par an. 1,4 milliard d’euros de consommation touristique. 320 000 à 332 000 lits touristiques, dont 216 000 non marchands. Villard, avec ses 64 % de résidences secondaires, est dans le haut de la fourchette. Fiscalité avantageuse, mais tensions sur le logement. Le centre aquatique et la patinoire dans le top 10 départemental. Le défi pour l’OMT : générer de la valeur ajoutée sans alimenter l’inflation immobilière ni aggraver la pression écologique.

2026–2030 : lignes de fracture, lignes d’action

Plusieurs fronts s’ouvrent. Réinventer le modèle de station-village sans renier l’hiver. Assumer une trajectoire sobre et soutenable, en jouant sur la qualité, le rythme et la nature des clientèles. Rétablir la confiance, entre habitants méfiants et acteurs économiques inquiets. Exploiter les outils numériques pour orienter les décisions. Et intégrer les nouveaux cadres intercommunaux et départementaux, tout en gardant l’ancrage local. Le virage ne fait que commencer.

A propos de l'auteur
Florence Thomas

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