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Le tourisme en France est-il vraiment durable ?

08/01/2026

Tourisme responsable, labels renforcés, mobilité douce, IA… La France transforme son modèle touristique pour répondre à la demande de sens, de qualité et de sobriété.

La France reste championne du monde du tourisme. Avec 257,8 millions de nuitées enregistrées durant l’été 2025, en hausse de 3,7 %, le pays conforte son rang. Les Jeux Olympiques de Paris 2024 ont joué leur rôle : 84 % des spectateurs étrangers veulent revenir, et leurs dépenses ont bondi de 22 %. Le premier semestre 2025 affiche 21,4 milliards d’euros de recettes internationales (+8 %), pour un solde excédentaire de 4,1 milliards (+25,4 %). Mais la croissance reste en retrait de la moyenne européenne. Le +1,3 % français fait pâle figure face au +1,7 % continental. En cause : des prix contenus et une consommation intérieure bridée.

Labels, écologie, accessibilité : la montée en gamme s’organise

Depuis mai 2024, le label « Destination d’Excellence » remplace progressivement « Qualité Tourisme ». Ce nouveau sésame, géré par Atout France, exige 85 % de conformité sur l’accueil et impose des seuils élevés en matière écologique : 60 % des critères environnementaux dès le premier audit, 80 % lors des renouvellements.

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La Clef Verte s’impose : +45 % entre 2023 et 2025, avec 2 400 établissements labellisés. Simplicité, lisibilité, efficacité. Le label Tourisme & Handicap a aussi resserré ses critères : les quatre types de handicap sont désormais évalués, avec des seuils de conformité renforcés.

Les touristes veulent du sens, pas du volume

Les touristes changent. 86 % veulent passer du temps en famille, 71 % cherchent un renouveau personnel, 83 % veulent s’immerger dans la culture locale. L’environnement pèse : 49 % tiennent compte des engagements écologiques des destinations, 54 % valorisent les démarches sociales.

Le bien-être progresse : 44 % des voyageurs veulent inclure des activités de relaxation. Le slow tourisme, centré sur la lenteur, les saisons intermédiaires et le patrimoine, monte en puissance. Les séjours agricoles suivent le même sillon.

Filières d’excellence : des moteurs économiques à structurer

L’œnotourisme s’installe. En 2023, il a attiré 12 millions de visiteurs, généré 5,4 milliards d’euros et mobilisé 10 000 caves. Les régions du Sud captent 60 % de l’activité, mais l’intérêt dépasse les frontières. Une proposition de loi vise à structurer durablement la filière.

Le tourisme de savoir-faire explose : il a doublé en cinq ans, atteignant 22 millions de visiteurs en 2024. Un fonds de 5 millions d’euros a été mobilisé pour soutenir les entreprises ouvertes au public. Ce tourisme d’atelier valorise le patrimoine productif et irrigue les économies locales.

Le tourisme d’affaires (MICE) résiste. Certes, 38 % des entreprises annoncent une baisse d’activité en 2025. Mais le présentiel reste central pour 96,7 % des professionnels. Les formats évoluent, les exigences RSE aussi : 84 % des entreprises les intègrent désormais à leurs cahiers des charges.

Mobilité douce, numérique : leviers de transformation

Le cyclotourisme change d’échelle. En 2026, la France totalise 26 000 km de pistes cyclables, 6 000 points d’accueil labellisés « Accueil Vélo », et attire 9 millions de touristes étrangers à vélo. Le panier moyen de ces visiteurs dépasse la moyenne.

Le train suit la même logique. Certaines régions, comme l’Occitanie, lancent des trains dédiés aux cyclistes. L’intermodalité soutient un tourisme plus diffus, moins centré sur les zones saturées.

L’intelligence artificielle s’installe dans le parcours touristique. MarIAnne, assistant IA lancé en 2025 sur France.fr, construit des itinéraires en 15 langues, sans erreur ni détour. L’outil, connecté à une base validée, facilite la réservation directe.

France Tourisme Tech soutient 35 start-ups depuis 2024. Gestion énergétique, valorisation des sites naturels, interface client : les cas d’usage se multiplient. Sur les réseaux sociaux, TikTok dicte le tempo : 62 % des utilisateurs réservent un séjour dans la semaine après avoir visionné une vidéo. Le brut supplante le léché.

Les plateformes responsables comme GreenGo ou Les Oiseaux de passage gagnent du terrain sur Booking et Airbnb. Elles misent sur des critères rigoureux, sociaux et environnementaux.

L’hébergement insolite passe un cap. En 2024, 2 226 sites professionnels sont recensés. Le secteur gagne en qualité, avec une offre mieux structurée, plus confortable, plus durable.

Le plan Destination France, doté de 1,9 milliard d’euros, veut faire de la France la première destination de tourisme durable. La feuille de route repose sur quatre piliers : attractivité, numérique, durabilité, et métiers.

France Tourisme Durable, plateforme lancée en 2024, propose trois outils simples : carte interactive, autodiagnostic, centre de ressources. L’enjeu : transformer l’intention écologique en action concrète.

Face au surtourisme, les premières réponses sont locales : jauges, réservations, limitations. Mais le fond du sujet reste la redistribution. Le test grandeur nature des ponts de mai 2026 en donne un aperçu : courts séjours, offres tout compris, maintien de l’ouverture des sites, taux de remplissage élevés dès janvier.

La qualité d’un tourisme ne se mesure plus à l’épaisseur des murs ni au nombre d’étoiles. Elle se construit par l’expérience, les labels, la capacité à offrir du sens. Elle suppose aussi une accessibilité maintenue pour les classes moyennes.

Les filières d’excellence – œnotourisme, cyclotourisme, tourisme industriel – ont besoin d’investissements ciblés et d’une reconnaissance publique accrue. Le numérique peut faire levier, s’il est utilisé à bon escient.

La formation devient centrale. En février 2026, la Semaine des métiers du tourisme a mobilisé 200 000 participants et débouché sur 14 200 recrutements. La désaisonnalisation transforme les CDD en CDI, stabilise les parcours, renforce l’attractivité du secteur.

La durabilité devient un impératif structurel. Les politiques régionales doivent intégrer les enjeux écologiques, sociaux et économiques dans leur stratégie touristique. Le levier territorial reste le plus efficace pour construire un tourisme équilibré, utile et pérenne.

A propos de l'auteur
Florence Thomas

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