Partez pour un tour du monde sans quitter le Suquet, au musée le plus surprenant de Cannes.
C’est un musée qui porte bien son nom. Perché au sommet du Suquet, le quartier historique de Cannes, le Musée des Explorations du Monde propose une traversée géographique et chronologique rare, dans un décor qui remonte à près de mille ans. Un château médiéval, des collections venues des cinq continents, une exposition sur 25 000 ans de représentation du féminin : l’institution ne choisit pas entre les âges et les mondes, elle les juxtapose.
Un château, des moines et une tour de guet
Avant d’être un musée, le site fut un bastion. Dès la fin du XIe siècle, les moines de Lérins construisent sur l’ancien castellum romain un monastère fortifié, poste de surveillance sur la baie. Aldebert II, abbé bâtisseur, lance l’édification de la tour du Suquet et d’un mur d’enceinte. Du haut des 109 marches, on domine aujourd’hui Cannes, l’Estérel et les îles voisines, mais le bâtiment reste un donjon carré du XIIe siècle, massif et stratégique.
La chapelle Sainte-Anne, la tour de l’abbé, les jardins, la cour intérieure : chaque élément du complexe dialogue avec les collections, installées là depuis 1919. Le bâtiment est classé monument historique. Son architecture contraint, encadre, valorise.
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Des collections fondées sur un legs hollandais
C’est un aristocrate néerlandais, Tinco Martinus Lycklama, qui donne naissance au musée en 1877. Voyageur solitaire entre Russie, Caucase, Perse et Proche-Orient, il lègue à Cannes un ensemble d’antiquités, objets d’art et pièces ethnographiques. Ce noyau fondateur s’est enrichi, notamment grâce au Louvre. Aujourd’hui, les vitrines se lisent comme un planisphère.
Du Tibet au Groenland, une ethnographie à haute densité
La section himalayenne impressionne par la qualité des pièces : masques rituels, statues, coiffes, objets rassemblés selon deux pôles — bouddhisme et pratiques tribales — venus du Ladakh, du Bhoutan, du Tibet ou du Népal. Une collection sans équivalent en France.
L’espace inuit met en scène la dualité entre objets utilitaires et figurines sculptées. Les outils de pêche et les lunettes de banquise font face à des représentations miniatures en ivoire animal. L’ensemble dit l’adaptation au froid, mais surtout une cosmogonie.
Trois vitrines pour l’Amérique précolombienne : jaguar du Costa Rica, statuette Chancay, vase Mochica. On passe du Mexique aux Andes, du sacré au quotidien. L’Océanie, elle, occupe un espace central — au sens propre. Une proue de pirogue trône dans la salle, les armes sont exposées en panoplie, les effigies funéraires dans un espace clos. Une scénographie assumée, parfois brutale.
Antiquité, Iran qajar et fantasmes d’Orient
La tour de l’abbé accueille les antiquités méditerranéennes. Les vitrines fonctionnent comme un cabinet de collectionneur : objets sumériens, sarcophages paléochrétiens en plomb, antiquités grecques, chypriotes, syriennes, égyptiennes. Certains objets proviennent du Louvre, d’autres des voyages de Lycklama. S’ajoute une donation de 1992, enrichissant encore la diversité géographique et chronologique de l’ensemble.
L’Iran qajar occupe une section à part. Un ensemble de 350 objets, unique en France, centré sur les arts de cour : gobelets en terre cuite de Suse, huiles sur toile, textiles imprimés. L’excellence artisanale s’expose sans surcharge.
Trois salles sont consacrées à l’orientalisme. Chassériau, Loubon, Bonfils, Mossa… Les toiles, photos et dessins témoignent d’une époque où l’Orient fascine, inspire, déforme. Le musée n’élude pas les projections coloniales. Le passé de Cannes comme destination « orientalisée » est aussi évoqué : musées privés, villas mauresques, prisonniers algériens à Sainte-Marguerite.
Une exposition temporaire sur les figures féminines : mythes, corps, pouvoirs
La saison 2025-2026 est marquée par l’exposition Démones et déesses : de la vie à la mort. Cent œuvres, six salles, 25 000 ans d’histoire. Venus paléolithiques, Ishtar, Isis, Aphrodite, Lilith, Kali… Le parcours aborde maternité, fécondité, désir, destruction. L’approche est muséographique mais aussi politique. Les féminismes contemporains entrent dans le récit.
Le musée a obtenu des prêts du Louvre, d’Orsay, de la BnF, du musée Rodin et d’institutions internationales. La présence d’œuvres comme la Vénus de Montpazier ou Venusberg de Mossa souligne l’ambition de l’ensemble. L’organisation thématique suit une logique linéaire : des origines mythiques aux réinventions actuelles.
Un musée ouvert, un public élargi
Le musée reste accessible : 6,50 € en tarif plein, gratuité élargie. Ouvert toute l’année, il adapte ses horaires selon les saisons. L’accès se fait à pied, en navette, ou via le parking Forville. Une billetterie en ligne est en place. Les visites guidées de l’exposition temporaire ont lieu une fois par mois de janvier à avril 2026.
Des dispositifs sont prévus pour les visiteurs en situation de handicap, avec notamment des reproductions tactiles issues des collections ethnographiques. La gratuité est accordée aux bénéficiaires de l’AAH et à leurs accompagnateurs.
Ateliers, visites-jeux et carnet de voyage
Le musée développe une politique d’ateliers pour les enfants, dès 3 ans, mais aussi pour les adultes. Les thématiques varient : arts plastiques, croquis, nature, carnet de voyage. Les groupes sont limités à dix participants. Tarif : 24 € (17 € en tarif réduit). Inscription obligatoire.
Cannes en contrechamp
Le Suquet, quartier le plus ancien de la ville, prolonge naturellement la visite. L’église Notre-Dame d’Espérance domine la baie. Les ruelles pavées débouchent sur des points de vue ouverts sur la Croisette et les îles de Lérins. Le marché Forville, à deux pas, mélange architecture des années 1930, produits locaux et halle provisoire. Les restaurants de la rue Saint-Antoine offrent une palette complète, du gastronomique au grill.
Les îles de Lérins, accessibles depuis le Vieux Port, prolongent le récit monastique initié par le musée. Sur Saint-Honorat, les moines sont toujours là. Sur Sainte-Marguerite, le Fort royal reste un point d’ancrage du passé carcéral de la France coloniale.
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