Le Ventoux n’est pas qu’un sommet à conquérir. Il est aussi une silhouette lointaine, un mythe que l’on contemple depuis les hauteurs des villages qui l’enlacent.
Il n’est pas nécessaire de gravir le Mont Ventoux pour en éprouver la grandeur. Le « Géant de Provence », totem minéral de la région, règne autant par sa présence que par son absence. Visible de loin, presque toujours là où l’on ne l’attend pas, il s’impose comme repère visuel et émotionnel. Et si l’on choisissait de l’approcher autrement ? Non pas par l’effort frontal, mais en contournant sa masse par les sentiers de ses villages satellites. Là, la randonnée devient prétexte à autre chose : savourer le patrimoine, lire le paysage, s’ancrer dans le temps. Quatre villages, quatre itinéraires où le pas s’accorde avec la pierre, la lumière et la ligne d’horizon.
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Roussillon : l’ocre contre le bleu
À Roussillon, c’est d’abord le choc des couleurs. La terre, rouge et brûlante, tranche avec la silhouette lointaine du Ventoux, souvent nimbée de brume bleutée. Ici, la géologie parle fort : on est sur le plus grand gisement d’ocre au monde. Et pourtant, pour en capter toute la richesse, il faut savoir s’éloigner des sentiers battus. Direction le belvédère, à deux pas du parking des ocres, juste avant le cimetière. Réaménagé en 2015 avec l’aide du Parc du Luberon, cet espace suspendu offre un point de vue d’exception : le village en surplomb, les monts de Vaucluse en enfilade, et en toile de fond, l’incontournable Ventoux. À ne pas manquer : le cadran solaire hémicylindrique signé Jean Raffegeau, posé là comme un clin d’œil au soleil omniprésent. Il porte cette devise qui dit tout : Sine sole sileo. Sans le soleil, tout se tait.
Montbrun-les-Bains : marcher puis se réparer
Changer de versant, changer d’ambiance. Dans la Drôme provençale, Montbrun-les-Bains regarde autant vers le Ventoux que vers la montagne de Lure. Le village s’accroche à la pente en arc de cercle, maisons hautes en cascade, comme pour mieux défendre les restes d’un château Renaissance. La marche commence ici sur les pavés anciens, grimpe jusqu’à l’église du XIIe siècle, puis s’ouvre sur une multitude de circuits balisés.
Dix, au total, auxquels s’ajoutent les tracés des GR pour les plus aguerris. Mais Montbrun a une autre corde à son arc : ses eaux. Utilisées depuis l’Antiquité pour soulager rhumatismes et maux respiratoires, elles prolongent la randonnée dans un autre registre, celui du soin. À chaque effort, sa récompense.
Séguret : au pied des Dentelles, face au mythe
Moins immédiat, plus distancié, Séguret regarde le Ventoux avec le recul des sages. À une quarantaine de kilomètres du sommet, ce village de carte postale épouse les plis des Dentelles de Montmirail, ces aiguilles de calcaire dressées vers le ciel. Le GR 4 traverse le bourg, puis file dans la garrigue. Ici, la marche est autant botanique que minérale, parfois même verticale pour les amateurs d’escalade.
Depuis la place des Arceaux ou celle de l’Église, la vue court sur les vignes et la plaine comtadine. Le Ventoux veille, au loin, comme un grand frère. Dans les ruelles en pente, bordées de pierres usées et de portes fortifiées, le temps semble retenu.
Venasque : entre ciel, garrigue et baptistère
Enfin Venasque, sentinelle dressée sur son éperon rocheux, au seuil des gorges de la Nesque. Le village regarde le Mont Ventoux droit dans les yeux. Autour, la garrigue s’ouvre aux pas des marcheurs et aux sabots des ânes, compagnons idéaux pour les familles. Ici, l’agriculture reste vive, fière de ses cerises, labellisées « Monts de Venasque », qui font l’objet d’un festival chaque mois de juin.
Mais au-delà des paysages, c’est dans les murs que réside le trésor : l’église Notre-Dame, bien sûr, mais surtout le baptistère. Édifice compact, en croix grecque, il abrite des colonnes antiques et garde en son sein un silence de pierre. Comme une confidence millénaire soufflée à l’oreille du Ventoux.