À la lisière orientale des Cyclades, Amorgos semble suspendue entre deux mondes. Cette île allongée, montagneuse et rugueuse, regarde vers le Dodécanèse tout en conservant les marqueurs distinctifs des Cyclades : villages blancs, mer bleu cobalt, monastères millénaires. Longtemps restée à l’écart des grands flux touristiques, elle séduit aujourd’hui un public en quête d’authenticité, d’espace et de silence.
La notoriété d’Amorgos a été propulsée par Le Grand Bleu, le film culte de Luc Besson, tourné en partie sur ses falaises et plages. Mais la renommée cinématographique n’a pas dénaturé l’île. Malgré une affluence saisonnière en hausse, notamment en août, Amorgos a su préserver son identité. Sa géographie contraignante, son absence d’aéroport et la dispersion de ses hameaux l’ont tenue à l’écart du tourisme de masse. Elle reste une destination confidentielle, où l’on vient pour s’imprégner d’un autre rythme de vie.
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Un relief spectaculaire entre ciel et mer
Amorgos est une île de contrastes géologiques. Formée par des processus volcaniques, elle aligne ses crêtes rocheuses sur près de 30 kilomètres, sculptées par les vents et les siècles. L’altitude moyenne élevée pour une île grecque (avec des sommets culminant à plus de 800 mètres) en fait un territoire vertical, qui offre constamment des vues plongeantes sur la mer.
Les falaises abruptes, les criques invisibles depuis la route, les baies en fer à cheval et les plateaux ponctués d’oliveraies composent un paysage complexe, souvent spectaculaire. L’eau y est d’une clarté exceptionnelle, allant du turquoise au bleu marine. Ici, la mer n’est pas un simple décor : elle structure l’espace, rythme les déplacements, définit les usages.
Les zones littorales restent peu aménagées. Peu de routes bordent les côtes ; pour accéder aux plages les plus secrètes, il faut marcher, parfois longtemps. Cette contrainte devient une richesse : la nature y reste souveraine, à peine balisée par l’homme.
Trois visages, trois régions
Katapola et le sud : tradition et isolement
Au sud-ouest de l’île, Katapola est le port principal d’Amorgos. Niché au fond d’une large baie, le site regroupe trois hameaux : Katapola, Xylokeratidi et Rahidi. L’ensemble forme un village portuaire vivant, qui concentre une partie de l’activité touristique, mais sans excès. On y croise des ferries, quelques voiliers, des pêcheurs et des randonneurs.
Xylokeratidi, situé sur la rive nord, est le plus calme des trois. C’est aussi là que l’on retrouve les maisons les plus traditionnelles, certaines construites en pierre, d’autres blanchies à la chaux. Rahidi, au centre, s’étend autour de la petite plage principale, fréquentée par les familles. À quelques encablures, les plages de Maltezi et Plakes, accessibles à pied ou en bateau, offrent une alternative plus sauvage.
Au-dessus de Katapola, les ruines de l’antique Minoa témoignent du passé archaïque de l’île. Cité antique d’importance secondaire dans l’histoire cycladique, elle offre surtout un point de vue exceptionnel sur la baie.
Plus au sud, la région de Kato Meria est la moins fréquentée de l’île. C’est une Amorgos plus agricole, plus silencieuse. Les villages de Vroutsi, Kamari et Arkessini conservent un mode de vie rural, avec des potagers, des moulins à vent, des cafés anciens et des églises discrètes. Les plages de Mouros et Ammoudi exigent un effort pour y parvenir, mais récompensent par leur isolement. Tout au bout, Kalotaritisa ouvre sur l’îlot de Gramvousa, que l’on peut rejoindre en bateau-taxi. Le long de la route, on aperçoit l’épave du cargo Olympia, figée dans le décor depuis 1980.
La Chora : cœur vivant et patrimonial
Perchée au centre de l’île, la Chora d’Amorgos est souvent décrite comme l’un des plus beaux villages des Cyclades. Enserrée entre les collines, invisible depuis la mer pour des raisons historiques de sécurité, elle offre un labyrinthe de ruelles, d’escaliers et de passages voûtés.
Les maisons y sont basses, blanches, serrées les unes contre les autres, ponctuées de portes colorées, de pots de fleurs et de petits autels domestiques. La place centrale, la Loza, est dominée par un rocher surmonté d’un ancien kastro vénitien du XIIe siècle. En contrebas, un musée archéologique présente des pièces modestes mais bien conservées.
À 2 kilomètres de là, en contrebas d’un sentier escarpé ou par une route secondaire, se dresse le monastère de la Panaghia Chozoviotissa. Fondé au XIe siècle, il est littéralement accroché à la falaise, suspendu à 300 mètres au-dessus de la mer. L’icône de la Vierge, selon la tradition, aurait été retrouvée en mer avant d’être portée ici. Ce lieu spirituel est encore habité par quelques moines. À ses pieds, la petite plage d’Agia Anna attire de nombreux visiteurs, notamment pour ses liens avec Le Grand Bleu.
Aegiali et le nord : douceur et ouverture
Au nord, Aegiali s’étend autour d’une large baie abritée. Second port de l’île, le village a développé des infrastructures touristiques plus étendues : hôtels, restaurants, cafés, centres de plongée. L’ambiance y reste cependant familiale et paisible.
La plage principale est vaste, ombragée, facilement accessible. En marchant vers le nord, on découvre des plages plus discrètes : Levrossos, Psili Ammos, Chochlakas. Au sud de la baie, la plage d’Agios Pavlos, prolongée par une étroite langue de sable, est particulièrement fréquentée. Un bateau relie l’îlot de Nikouria, dont les plages sont parmi les plus tranquilles de l’île.
Sur les hauteurs, trois villages – Lagada, Tholaria, Potamos – offrent une vue dominante sur la baie. Potamos, très calme, séduit par ses couchers de soleil. Tholaria, plus vivant, est un point de départ vers de petites plages isolées comme Mikri et Megali Glyfada. Lagada, enfin, est sans doute le plus riche sur le plan architectural et paysager. Ruelles en escaliers, bougainvilliers, kafeneia discrets : l’ensemble compose une ambiance de carte postale vivante.
Un territoire pour les marcheurs
Amorgos est une île à parcourir lentement. Elle propose un réseau dense de sentiers de randonnée historiques, souvent d’anciens chemins muletiers bordés de murets en pierre sèche. Ces itinéraires relient les villages, traversent des zones Natura 2000, longent des crêtes et atteignent des points de vue saisissants.
Parmi les huit sentiers balisés, deux sont particulièrement remarquables :
– Le sentier Palia Strata, qui relie la Chora à Aegiali en 4h30, suit la ligne de crête. Il offre un panorama constant sur la mer Égée et traverse plusieurs sites historiques.
– Le sentier Pan, au départ de Langada, mène en 2h30 au sommet nord de l’île, jusqu’à la chapelle Stavros, construite au bord d’une ancienne mine de bauxite. Le silence y est absolu, le paysage minéral, presque lunaire.
La randonnée à Amorgos n’est pas une activité annexe : elle fait partie intégrante de l’expérience de l’île.
Une île fidèle à ses racines
Malgré l’essor du tourisme, Amorgos reste profondément ancrée dans ses traditions. La gastronomie locale illustre ce lien : le patatato, plat emblématique à base de chèvre et de pommes de terre, est servi dans les grandes fêtes. Le psimeni raki, alcool anisé aromatisé aux herbes, accompagne souvent les desserts comme le pastéli (nougat au miel et au sésame) ou les xerotigana, beignets croustillants. Ces spécialités ne sont pas des produits touristiques, mais des éléments vivants de la culture insulaire.
Les fêtes religieuses, les processions de l’icône de la Vierge, les danses traditionnelles en été rythment encore la vie communautaire.
Informations pratiques
Amorgos ne dispose d’aucun aéroport. Le plus pratique reste de prendre un vol vers Santorin, puis un ferry (environ 1h). Depuis Le Pirée, la traversée dure environ 5h en haute saison. L’île est aussi desservie par des liaisons inter-îles avec Naxos, Koufonissi, Paros, Mykonos ou encore Astypalea et Rhodes.
Il est conseillé de visiter l’île au printemps (avril à juin) ou à l’automne (septembre-octobre) pour éviter les pics de fréquentation. Les températures restent douces, la mer agréable, et les sentiers plus tranquilles.