Comment une station de montagne parvient-elle à concilier afflux touristique, transition écologique et aménagement ambitieux ? Font-Romeu tente l’équilibre.
C’est un acteur longtemps resté en coulisses, mais qui se retrouve désormais en pleine lumière. En cette année 2026, l’Office de Tourisme de Font-Romeu, relogé provisoirement dans l’ancien hôtel du Soleil d’Or depuis mai 2023, incarne la transformation profonde de la station pyrénéenne. Et avec lui, c’est toute une stratégie qui s’expose, à l’heure où le territoire cumule distinctions, records et tensions. Face à l’enchaînement des annonces, à la montée en puissance des équipements et à la densité des investissements, une question revient, insistante : la cohérence est-elle au rendez-vous ?
L’Office, désormais classé en 1ère catégorie et labellisé Qualité Tourisme Occitanie et Famille Plus, n’est plus cantonné à la gestion de l’accueil ou à la diffusion d’informations. Il concentre désormais l’animation de la station, aussi bien pour les visiteurs que pour les habitants. Un changement de périmètre qui place la structure au centre de la mécanique territoriale, entre programmation culturelle et lisibilité de l’offre. L’institution dirigée par Christian Sarran devient ainsi un levier de cohésion locale, mais aussi un instrument d’orientation stratégique.
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Un Office au cœur de la bascule environnementale
Le virage numérique de l’Office s’inscrit dans le sillage du positionnement environnemental affiché par la station. Les programmes d’animations ont été dématérialisés via QR code, et les “Romeufonies”, concerts estivaux devenus un rendez-vous structurant, sont regroupés sur une seule plateforme numérique. Une logique de clarté, mais aussi un effort de sobriété.
Le label Flocon Vert, obtenu en novembre 2025, vient entériner cette trajectoire. Attribué par Mountain Riders, il distingue les stations engagées dans une stratégie de développement durable fondée sur 20 critères. Font-Romeu rejoint ainsi un cercle déjà occupé par Tignes, Val d’Isère ou Saint-Gervais Mont-Blanc. Le maire, Alain Luneau, en fait un point d’orgueil dans ses vœux de janvier 2026. Une reconnaissance qui implique un engagement collectif, associant la commune, Altiservice et l’Office.
La distinction obtenue à Grenoble en janvier, lors des Rencontres Destination Montagne, enfonce le clou. Le jeu pédagogique “Montagne d’Aquí” décroche le Trophée Cimes Durables. Là encore, l’Office est partie prenante, aux côtés de la commune. L’effort se veut pluriel : vidéos de tri sélectif, chantiers en bois local, musée hors les murs. L’environnement devient vecteur d’action plus que simple slogan.
Fréquentation record, pression sur la ressource
La tension monte quand il s’agit de neige. Et plus encore, d’eau. Le réseau de neige de culture, fort de 510 canons et couvrant 93 % du domaine, repose sur une consommation plafonnée à 550 000 m³ annuels. Depuis le renouvellement de la délégation de service public confiée à Altiservice en 2022, 30 millions d’euros d’investissements ont été engagés. Les dameuses sont équipées de radars pour mieux répartir l’épaisseur de neige, l’usine à neige tourne à plein.
Mais si les résultats sont là – 526 000 skieurs pour la saison 2024-2025, un record – les critiques émergent. La dépendance à l’enneigement artificiel suscite l’inquiétude. Des responsables écologistes dénoncent une pression excessive sur les ressources et pointent une contradiction entre discours durable et pratiques sur le terrain. Le maire, lui, évoque un équilibre fragile à maintenir, et renvoie à l’État la responsabilité d’accompagner les stations de montagne dans cette transition.
Un nouveau centre-ville, entre ambition et controverse
Le programme Cœur de Ville cristallise les tensions. Avec 16,5 millions d’euros injectés dans une concession d’aménagement sur onze ans, la commune engage une transformation lourde : requalification des espaces publics, hôtel 4 étoiles, centre aquatique, salle multifonctions. Au cœur du projet, le nouvel Office de Tourisme, qui prendra place sur l’ancienne place des Comtes de Cerdagne, après la démolition du bâtiment historique datant de 1953.
La montée en gamme est assumée. Le maire défend une opération censée améliorer la vie locale, créer de l’emploi et sécuriser l’attractivité. Mais l’opposition monte au créneau. Dominique Batllo-Baudry parle de “bétonisation”, chiffre 16 000 m² d’espaces artificialisés, et questionne la viabilité économique d’un positionnement jugé risqué. L’argument s’appuie aussi sur une réalité : d’autres établissements haut de gamme, à proximité, peinent à trouver leur rythme.
La diversification quatre saisons cherche son souffle
La stratégie quatre saisons se matérialise peu à peu. La luge sur rail DracoSnow, avec ses 820 mètres de descente, a été pensée pour fonctionner toute l’année. La programmation événementielle s’étoffe : trails, biathlon, compétitions sportives jalonnent le calendrier. Un projet d’entraînement pour coureurs, Run-In Font-Romeu, est annoncé pour mai 2026. Le domaine nordique, ses 111 kilomètres de pistes et son stade de biathlon renforcent l’identité sportive.
Mais les analyses internes sont prudentes : la diversification reste incomplète. Les produits hors saison sont encore trop peu structurés, l’attractivité reste concentrée sur l’hiver. L’enjeu est clair : rendre crédible un modèle capable de fonctionner douze mois sur douze, sans basculer dans la fuite en avant.