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Visiter le musée d’Art et d’Archéologie de Senlis

26/01/2026

Le musée de Senlis conjugue collections archéologiques, sculptures gothiques et ensembles picturaux majeurs, offrant une lecture complète de l’histoire culturelle locale et européenne.

À Senlis, le musée d’Art et d’Archéologie à des airs de forteresse. Installé dans l’ancien palais épiscopal de cette ville royale à 45 kilomètres de Paris, l’institution déroule près de deux millénaires d’histoire dans un bâtiment qui les a lui-même traversés. Un parcours qui commence avec les Silvanectes et s’achève dans les pigments de Séraphine Louis.

Le lieu a connu mille vies. Résidence des évêques dès le XIIe siècle, transformée par Guérin, chancelier de Philippe Auguste, puis par Guillaume Petit, prélat de la Renaissance, la bâtisse intègre deux tours d’enceinte gallo-romaine et longe la cathédrale gothique de Senlis. La Révolution en fait un bien national. Thomas Couture y installe son atelier dans la chapelle au XIXe siècle. Après avoir été occupé par des religieux, des militaires et des érudits, le bâtiment devient propriété du Département en 1926, puis de la Ville en 1981. Il faudra attendre 2012 pour voir aboutir un chantier de rénovation mené tambour battant pendant dix ans.

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Un palais épiscopal devenu musée

L’architecte Yves Boiret opte pour un équilibre entre patrimoine et intervention contemporaine. Les circulations verticales s’encastrent dans les structures sans heurter les volumes. Les fouilles de 1986 révèlent une domus et les soubassements de la muraille du IIIe siècle : ils sont intégrés au circuit de visite. Chapelle, toitures, galerie Renaissance et chambre des Anges passent entre les mains des restaurateurs entre 2008 et 2012. Le musée rouvre le 24 novembre 2012. Tout le bâtiment devient musée.

Trois niveaux pour dérouler l’histoire, depuis l’Antiquité jusqu’au XXe siècle. En sous-sol, les ex-voto du fanum de la forêt d’Halatte. Près de 300 statuettes calcaires, découvertes entre 1873 et 1999, parfois peintes, parfois en bronze, mises en scène avec vidéos et jeux de lumière. On y croise des visages, des animaux, des membres isolés, des remerciements muets adressés à une divinité guérisseuse. Ce temple gallo-romain, utilisé jusqu’au Ve siècle, avait été fréquenté par les Silvanectes. À côté, les restes d’une domus, les fondations du rempart antique. La ville s’appelait alors Augustomagus.

De l’Antiquité aux maîtres du pinceau

Au rez-de-chaussée, les ogives gothiques du XIVe siècle accueillent sculptures et objets liturgiques médiévaux. La « Tête de Senlis », visage barbu de pierre, voisine avec la crosse du chancelier Guérin. Ces œuvres proviennent pour la plupart de la cathédrale. La salle conserve aussi un socle de bronze romain trouvé dans l’enceinte du château royal.

Au premier étage, place aux peintures. Quatre siècles, du XVIIe au XXe. Philippe de Champaigne, Claude Vignon, Corot, Boudin. Une partie des œuvres provient des envois de l’État ou de dons effectués au XIXe siècle. Deux ensembles dominent : Thomas Couture et les Primitifs modernes.

Thomas Couture revient à Senlis en 1859. Il s’installe dans la chapelle du palais. Né dans la ville en 1815, formé à Paris chez Gros puis Delaroche, il obtient le second prix de Rome en 1837, explose en 1847 avec Les Romains de la décadence. C’est l’État qui lui commande L’Enrôlement des volontaires et Le Baptême du prince impérial. Aucun des deux ne sera terminé. Il préfère transmettre. Il ouvre un atelier, forme des artistes, dont Édouard Manet. Il écrit aussi Méthode et entretiens d’atelier en 1867. Le musée conserve 29 œuvres, dessins et études comprises, issues de dons familiaux, de dépôts de l’État ou d’achats de la Ville.

Séraphine, la révélation d’un regard

Autre figure singulière, Séraphine Louis. Autodidacte, femme de ménage, mystique. Repérée en 1912 par Wilhelm Uhde, marchand allemand qui avait déjà misé sur Picasso, Braque et le Douanier Rousseau. Il la retrouve après la guerre. Il l’expose, l’achète, la soutient. Elle peint des toiles monumentales, végétales, denses, saturées, à la lisière de l’abstraction. Sa technique reste inimitable. Ripolin, pigments maison, organisation rythmique, symétries obsessionnelles. Elle sombre dans la maladie mentale. Internée à Clermont-de-l’Oise en 1932, elle y meurt dix ans plus tard. Aujourd’hui, ses toiles se vendent entre 1 340 et 290 000 euros. On les retrouve au musée Maillol, au Centre Pompidou, au LaM de Lille.

Wilhelm Uhde forge le terme de « Primitifs modernes » pour elle et quatre autres peintres autodidactes. Il refuse « naïfs ». En 1928, il les expose sous le titre Peintres du Cœur Sacré. En 1989, sa sœur Anne‑Marie fait une donation importante au musée de Senlis.

Deux expositions temporaires viennent densifier l’offre en 2025 et 2026. Chaalis hors‑les‑murs, jusqu’en juillet 2026, présente des œuvres du musée Jacquemart‑André du Domaine de Chaalis, en travaux. Peintures, sculptures, objets d’art européens, insérés dans le parcours permanent. Visites guidées prévues les 6 mars et 29 mai à 12h.
Deuxième proposition : Entre ciels et toiles. Peindre les nuages depuis le XVIe siècle, du 11 février au 24 mai 2026. Le nuage comme motif pictural. À partir de la Renaissance. Puis le ciel devient théâtre d’émotions, de lumière, de perspective. Luke Howard classe les nuages en 1804 : nimbus, stratus, cumulus. Les artistes s’en emparent. Le musée Jeanne d’Aboville prête quatre toiles. Deux conférences sont programmées, en avril et en mai. Ateliers pour les enfants aussi.

Le musée ouvre du mercredi au dimanche, de 10h à 13h et de 14h à 18h. Fermeture les lundis, mardis et certains jours fériés. Tarifs : 7 € plein, 4 € réduit. Gratuit pour les moins de 25 ans, les personnes handicapées avec accompagnant, les Senlisiens, les membres ICOM et ICOMOS. Premier dimanche du mois gratuit pour tous. Le billet donne aussi accès au musée de la Vénerie (fermé jusqu’au premier semestre 2026) et au musée des Spahis, gratuit et ouvert le week‑end.

Tout est accessible aux personnes à mobilité réduite. Livrets‑jeux pour enfants, programme pédagogique pour les scolaires. Ateliers pendant les vacances, visites sur réservation les mercredis, jeudis et vendredis. Contact par téléphone ou par mail. Le site web centralise les informations pratiques.

Senlis, une ville qui prolonge la visite

Senlis ne se résume pas à son musée. Ville royale. Hugues Capet y est élu roi en 987. Clovis y séjournait. Le château royal, reconstruit dès 1131, intègre les remparts antiques. La cathédrale Notre‑Dame, débutée en 1151, est consacrée en 1191. Le portail occidental est une première : il montre le couronnement de la Vierge. La flèche sud, du XIIIe siècle, atteint 78 mètres. Élancée, hardie, inégalée.

En 2015, le territoire de Senlis à Ermenonville reçoit le label « Pays d’Art et d’Histoire ». Le ministère de la Culture récompense ici la densité patrimoniale et la qualité des actions culturelles. À quelques kilomètres, la forêt d’Halatte. 4 300 hectares. Ancienne forêt royale. Le temple gallo‑romain découvert là livre les ex‑voto du musée. Construit entre 48 et 60 après J.‑C. Abandonné au Ve siècle. Plan carré, cella centrale, enceinte sacrée. Accessible à pied depuis le parking de la Roue qui Tourne. D’autres curiosités jalonnent la forêt : menhirs, Pierre qui corne, château d’eau de Chamant. L’Office de Tourisme propose des visites guidées du site archéologique. Deux heures, jusqu’à trente personnes, avec guide nature.

Le musée de Senlis porte le label « Musée de France ». Ce n’est pas un titre décoratif. Il engage. Conservation, médiation, accessibilité, inventaire réglementaire. Le soutien de l’État est à la clé, via la DRAC. Le MUDO à Beauvais, le musée Vivenel et le château de Compiègne ont aussi ce label. Dans l’Oise, les musées ne manquent pas.

A propos de l'auteur
Julie Larmand

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