Un hôtel dans une zone industrielle ? À Saint-Vulbas, le pari réussi du Parc Eol.
Trois hôtels, un spa, un restaurant et des salles de séminaires : c’est l’équipement que propose le Parc Eol, installé en plein cœur du Parc Industriel de la Plaine de l’Ain (PIPA), à une quarantaine de kilomètres au nord-est de Lyon. L’ensemble, inauguré en partie en 2021, poursuit son développement pour atteindre sa pleine capacité en 2026. Un projet atypique, conçu pour répondre à une clientèle professionnelle, dans un contexte où le tourisme d’affaires reste à la peine.
Trois hôtels sous la même bannière
À l’adresse unique du 240 allée de Curebourse, le complexe regroupe trois établissements pour un total de 50 chambres : 28 chambres pour le World Hotel, 22 suites réparties entre le Bio-Motel et le What Else Hotel. Trois positionnements, une même logique : attirer une clientèle diverse, sans quitter les limites d’un parc industriel.
Le World Hotel, labellisé trois étoiles, joue la carte du dépaysement intérieur. Chaque chambre est décorée aux couleurs d’un pays. L’établissement a été pensé par l’architecte Christophe Humenny, qui en est aussi le président. Enseignant à l’IDRAC, il porte ici une vision d’hôtellerie thématique, avec des chambres modernes et confortables.
Le Bio-Motel, également trois étoiles, s’adresse davantage aux familles. Son design contemporain est doublé d’une ambition environnementale. L’établissement revendique une démarche durable, en ligne avec les attentes d’une clientèle de plus en plus attentive aux impacts écologiques, même au cœur d’un territoire industriel.
Le What Else Hotel complète le dispositif avec 13 chambres, dont 8 suites à thème disposant d’un accès jardin. Les prix sont positionnés dans une gamme intermédiaire : 105 € la double, 128 € la triple. De quoi séduire aussi bien les collaborateurs en mission que les voyageurs à budget contrôlé.
Une usine à séminaires dans l’Ain
Mais c’est surtout sur le segment MICE (Meetings, Incentives, Conferences, Events) que le Parc Eol entend peser. Le complexe aligne 14 salles équipées, du petit comité (5 personnes) à la grande salle modulable pouvant accueillir jusqu’à 5000 participants. Une amplitude rare dans ce type de zone.
Le tarif séminaire est fixé à 79 € la journée tout compris. De quoi séduire les entreprises du PIPA, qui concentre près de 8000 emplois. La clientèle lyonnaise n’est pas en reste, à seulement 35 kilomètres de là. L’accessibilité par autoroute facilite les déplacements. Mais le marché reste incertain. En 2026, les entreprises continuent de réduire les frais de déplacement, avec un secteur affaires qui peine à redémarrer.
Burgers, spa et éoliennes
Sur place, la restauration est assurée par la Brasserie des Éoliennes (SIRET 847 758 547 00016), ouverte du lundi au vendredi midi. Cuisine familiale, produits frais, carte courte : l’offre vise l’efficacité. Le cadre, sobre et moderne, reste cohérent avec l’ensemble du site.
Pour attirer aussi les clientèles de loisirs, le Parc Eol propose un spa de 300 m², ouvert aux clients comme aux visiteurs extérieurs. Piscine, hammam, jacuzzi, institut de beauté. Onglerie, manucure, soins du visage : la palette est complète. L’objectif est clair : capter les courts séjours et les escapades bien-être, dans un marché où l’hôtellerie française tente de compenser la faiblesse du segment affaires.
La dimension énergétique du projet fait aussi partie de l’argumentaire. Trois éoliennes produisent environ un tiers des besoins en électricité du site. Une particularité dans le paysage hôtelier français. Ce n’est pas un gadget : avec la hausse des prix de l’énergie, ce choix technique devient un levier de compétitivité. L’architecte Christophe Humenny revendique ici un modèle d’ »éco-hébergement », aligné avec les attentes d’une clientèle en quête de sens.
Une enclave touristique au milieu des usines
Le PIPA n’a rien d’un lieu touristique. Mais c’est l’un des moteurs industriels de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Avec ses 192 entreprises sur plus de 1000 hectares, la zone produit un flux constant de visiteurs professionnels. La centrale du Bugey voisine joue aussi un rôle. En 2010, elle a généré 49,5 millions d’euros de retombées pour les entreprises locales, et 2,8 millions d’euros en taxes foncières pour Saint-Vulbas. De quoi maintenir un taux de taxe professionnelle très bas, à 8,34 % en 2009, et soutenir l’attractivité du territoire.
Le marché immobilier local en profite. Depuis 2018, les prix progressent de 6 % par an. Entre 2021 et 2023, les transactions ont bondi de 12 %, avec un taux de vacance limité à 4 %. Le Club des Entreprises du PIPA, avec ses 118 adhérents en 2025, joue un rôle actif dans la dynamique du site, entre événements professionnels et projets collaboratifs. Le Marathon de l’innovation, prévu pour 2026, s’inscrit dans cette logique.
Contexte mouvant pour 2026
L’hôtellerie française aborde 2026 sans certitude. Le taux d’occupation a progressé légèrement (+0,8 %) en 2025, à 66,5 %, mais les signaux restent fragiles. Le tourisme domestique, majoritaire, subit les effets de l’inflation. Le tourisme d’affaires, lui, reste plombé par les arbitrages des entreprises. Dans ce paysage, le positionnement du Parc Eol reste lisible, mais pas sans risques.
Le département de l’Ain mise sur la filière MICE pour soutenir l’activité. Le réseau « Ain, Séminaires & Congrès » entame une refonte, avec l’introduction d’une adhésion payante. Objectif : structurer l’offre pour mini-congrès et événements locaux. Le Parc Eol est bien positionné pour capter ces flux.
Le PIPA continue, de son côté, à enregistrer des implantations : ATI Isolation, Dixneuf, SPI Group, OGF, DM Engineering. Autant d’acteurs qui génèrent des besoins en hébergement ponctuel, réunions, restauration. Le Parc Eol capte ces flux.