Parcours en canoë-kayak et paddle de la Base du Rocher au lac Noirel, à Roquebrune-sur-Argens.
Au pied du Rocher de Roquebrune, formation géologique emblématique qui culmine à 373 mètres, la Base du Rocher a installé depuis plusieurs années une proposition simple : remonter l’Argens en canoë, en kayak ou en paddle sur un aller-retour de six kilomètres, jusqu’au lac Noirel. Un petit plan d’eau accessible uniquement par le fleuve, et qui concentre l’essentiel du décor.
L’offre s’insère dans un mouvement de fond : tourisme nature, tourisme lent, recherche d’expériences sobres. Le Var, qui confirme son attractivité avec 61,9 millions de nuitées entre janvier et août 2025, voit une partie de ses visiteurs demander moins de vitesse et plus de cadre, sans renoncer à la Côte d’Azur.
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Le parcours du lac Noirel se distingue d’abord par son profil : une sortie pensée pour les familles. L’accueil commence à partir de 4 ans, avec un prérequis unique : savoir nager 25 mètres. À l’aller, trois kilomètres à couvrir sur un Argens calme, sans rapides et sans difficulté technique, ce qui fixe le ton.
La Base du Rocher décline trois formats. “Quick” : une heure, pour ceux qui comptent. “Médium” : deux heures et demie, pour laisser le paysage faire son travail. “Relax” : quatre heures, avec l’idée d’un pique-nique au bord du lac et de baignades.
“La meilleure possibilité pour découvrir l’Argens, c’est de circuler en canoë ou en kayak. On progresse doucement, on voit énormément d’animaux et on a une vision complètement différente depuis l’eau”, explique un professionnel de l’activité dans un reportage consacré à l’exploration du fleuve.
Pourquoi l’Argens fascine, du Rocher à la Méditerranée
L’Argens est le plus long fleuve du Var : 115,6 kilomètres, entièrement dans le département. En 2015, Le Figaro Magazine le classe parmi les “7 merveilles de Provence”. C’est un fleuve côtier : source à Seillons-Source-d’Argens, embouchure dans la Méditerranée à Fréjus. Sur son tracé, vingt-et-une communes varoises. Et un bassin versant de 2 700 kilomètres carrés, qui draine la moitié du département.
Son nom vient du latin “Argenteus”, référence à une eau “blanche comme l’argent”, miroitante. L’effet se lit particulièrement le matin ou en fin d’après-midi, lorsque la lumière accroche la surface.
Natura 2000 : un couloir vivant, une faune à guetter
Le parcours traverse le Val d’Argens, site classé Natura 2000. Le principe : une protection européenne destinée à maintenir des habitats naturels et des espèces remarquables, notamment dans la basse vallée.
La ripisylve, forêt riveraine qui borde l’Argens, structure l’ensemble. Elle stabilise les berges, abaisse la température de l’eau par l’ombre qu’elle crée, apporte des nutriments au cours d’eau, et sert de corridor biologique. Un équilibre fragile, mais particulièrement riche.
Parmi les espèces observées, la tortue cistude d’Europe (Emys orbicularis) revient souvent. Espèce protégée au niveau national et européen, elle se montre régulièrement au soleil sur des troncs émergés. Carapace sombre, verte et marron, de moins de 20 centimètres de diamètre ; tête mouchetée de jaune. Elle figure en annexe II de la directive européenne “Habitats, Faune, Flore”. Sa présence peut, à elle seule, justifier la création d’un site Natura 2000.
Le martin-pêcheur d’Europe, lui, guette depuis les branches en surplomb. Bleu et orange, spectaculaire, et redoutablement efficace lorsqu’il plonge sur un poisson. Classé “Vulnérable” sur la liste rouge des oiseaux nicheurs de France métropolitaine, il est intégralement protégé et référencé par le réseau Natura 2000. Il fréquente les eaux calmes, propres et peu profondes : des conditions réunies par l’Argens sur cette portion.
Autre signature du secteur : le guêpier d’Europe (Merops apiaster), migrateur aux couleurs arc-en-ciel, parmi les plus éclatantes de la faune européenne. Il niche le long des berges abruptes. De retour en mai, après l’hivernage au sud de l’Afrique, il creuse des galeries qui peuvent atteindre un mètre dans les parois terreuses. La période la plus favorable pour l’observer va d’avril à juillet.
Sur place, des services et un tourisme durable revendiqué
La Base du Rocher ouvre du 10 avril au 30 septembre. L’accueil se veut complet : passage à la réception, briefing sur les étapes, consignes de sécurité, et éléments sur la nature environnante. Chaque équipage reçoit une carte illustrée du parcours, assortie d’informations sur faune et flore.
Le matériel comprend des gilets adaptés à toutes les tailles, des pagaies et des conteneurs étanches pour les effets personnels. Les canoës, kayaks et paddles sont présentés comme récents et confortables. Sur place : parking gratuit, toilettes sèches, aire de pique-nique, douche au retour.
Le site revendique une logique de tourisme durable. Chaque année, une opération de nettoyage est organisée avec l’association Surfrider, la commune et des entreprises locales. Tri sélectif systématique, toilettes sèches, documents imprimés sur papier recyclé avec encre végétale : les marqueurs sont posés.
Cette démarche s’inscrit dans une politique plus large de Roquebrune-sur-Argens, engagée sur le tourisme durable. La commune porte le label “Famille Plus” depuis 2007 et dit chercher, depuis plusieurs années, un équilibre entre accueil touristique et préservation des espaces naturels.
Pour la saison 2025, la Base du Rocher ajoute une animation : “Le Trésor du Vieil Auguste”, chasse au trésor en canoë. Carte et boussole en main, les participants cherchent des balises dissimulées le long des rives. L’option est facturée 7 euros, en complément de la location. Objectif : découvrir le patrimoine naturel et “les secrets” de la rivière via un dispositif interactif.
Autre formule : “Chasse au trésor village et canoë”, proposée tous les lundis à 17h et tous les vendredis à 9h30 en juillet-août. Deux heures au total : une heure de recherche dans les ruelles du village médiéval de Roquebrune-sur-Argens, puis une heure sur le fleuve pour résoudre les dernières énigmes.
Roquebrune-sur-Argens affiche une progression. D’après le bilan d’activité 2022 de l’Office de Tourisme, la commune enregistre 8,3 millions de nuitées et dispose d’une capacité d’hébergement de 52 904 lits. L’Office de Tourisme indique avoir renseigné 41 600 personnes sur l’année, soit +11,82% par rapport à 2021.
À l’échelle du département, le Var totalise 32,6 millions de nuitées en juillet et août 2025. Et la structure de la fréquentation évolue : en dix ans, la part du cœur de l’été dans la fréquentation globale passe de 56% à 42%, au profit du printemps et de l’arrière-saison. Une désaisonnalisation qui répond à la demande de tranquillité, et aux contraintes de préservation des sites.
La pratique du canoë-kayak est présentée comme relativement peu impactante sur l’écosystème fluvial, selon les études menées sur l’Argens. Reste l’essentiel : la trajectoire climatique. Le bassin versant, dans le sud-est de la France, est exposé aux crues soudaines, aux sécheresses prolongées et aux variations de débit.
Une étude prospective de la Société du Canal de Provence projette, à l’horizon 2050, une baisse notable de la ressource naturelle en eau et une intensification des sécheresses estivales. Un précédent marque les esprits : en 2007, un secteur de sept kilomètres du haut Argens connaît un assec exceptionnel de cinq mois, du 13 août 2007 au 14 janvier 2008, événement sans précédent, avec disparition locale d’espèces aquatiques rares.
Dans ce contexte, la gestion de la fréquentation et la protection des zones humides et de la ripisylve deviennent centrales. La Base du Rocher indique déjà appliquer des principes de régulation : départs échelonnés sur différents parcours, pour répartir la présence humaine sur le cours d’eau. Et fermeture de certaines sections lorsque le niveau d’eau devient trop faible.
Informations pratiques
Période d’ouverture : du 10 avril au 30 septembre, de 9h à 19h.
Tarifs : à partir de 16 euros, variables selon la durée du parcours et le type d’embarcation. Les tarifs 2026 n’ont pas encore été communiqués.
Conditions : savoir nager 25 mètres, âge minimum 4 ans.
Équipement recommandé : protection solaire (crème, casquette, lunettes), maillot de bain, serviette, chaussures d’eau et chaussures fermées obligatoires, affaires de rechange.
Réservation : fortement recommandée, notamment en haute saison.
Contact : Base du Rocher, 19 chemin du Lac, 83520 Roquebrune-sur-Argens.
Le parcours entre la Base du Rocher et le lac Noirel ne se limite pas à une navigation : il impose de ralentir, d’observer et de s’immerger dans un patrimoine naturel classé, avec l’idée d’une fréquentation compatible avec sa préservation pour les générations futures.
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